Épilepsie : les cas de mort subite seraient sous-estimés

115 décès par an

Les morts subites liées à une crise d’épilepsie restent mal comprises. Depuis 2006, les chercheurs français s’intéressent à ses causes et ciblent les personnes à risque.

Tous les ans, l’épilepsie provoquerait jusqu’à 30 000 morts subites à travers le monde, d’après l’OMS. Ces décès sont encore mal compris, et peu pris en compte par les pouvoirs publics dans leur stratégie sanitaire, alors qu’ils font plus de victimes que les incendies ou que les morts subites du nourrisson, d’après des chercheurs américains.

Ceux-ci ont publié un rapport dans la revue Neurology, pour tenter d’alerter les décideurs politiques sur l’ampleur de ce phénomène. Ils y expliquent notamment que les personnes atteintes d’épilepsie sont 27 fois plus à risque de mort subite que leurs congénères. Aux Etats-Unis, ils comptent 2 750 décès par mort subite suite à une crise d’épilepsie.

Les chercheurs estiment que ces proportions sont d’ailleurs sous-estimées, dans la mesure où de nombreux décès accidentels peuvent intervenir suite à une crise, mais ne sont jamais enregistrés en lien avec l’épilepsie de la personne. De plus, les personnes âgées qui meurent ne subissent pas nécessairement d’autopsies alors que dans certains cas, c’est une crise d’épilepsie qui est en cause.

Réseau Sentinelle

De même, en France, la mort subite reste une grande inconnue. Deuxième trouble neurologique le plus important après la migraine, l’épilepsie touche environ 1 % de la population française, soit environ 600 000 malades. La moitié sont des enfants. Malgré la gravité de cette situation, l’état des connaissances du public sur la maladie est encore faible, surtout lorsqu’on parle de ces décès, après une crise.

Les institutions qui s’intéressent à l’épilepsie, au premier rang desquels la ligue française contre l’épilepsie, se sont penchées sur cette problématique il y a seulement une dizaine d’années, en 2006. Quatre en plus tard naissait le Réseau Sentinelle Mortalité Epilepsie, coordonné par le Dr Marie Christine Picot du CHU de Montpellier.

« L’idée était de rassembler tous les projets de recherches sur la mort subite liée à l’épilepsie, les initiatives pour les familles endeuillées, ou encore toutes les informations dont nous disposons sur ce trouble, au sein d’une même plateforme » souligne cette professionnelle, contactée par PourquoiDocteur.

Le Réseau Sentinelle a également rescencé le nombre de décès par mort subite suite à une crise d’épilepsie : il en dénombre 115 par an dans l’hexagone, depuis 2010.


Source : http://www.pourquoidocteur.fr

Guérir une maladie génétique comme l’épilepsie sans réparer le gène

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L’épilepsie est le désordre neurologique le plus fréquent après la migraine; elle touche 1% de la population mondiale. Il y a plusieurs formes d’épilepsie dont certaines sont d’origine génétique. Une équipe allemande, assistée d’une équipe française, a montré qu’il était possible d’empêcher l’apparition d’une épilepsie d’origine génétique chez la souris sans réparer le gène. Un traitement à base de diurétique pendant une période clé du développement du cerveau suffit à contrecarrer les effets néfastes de la mutation. Cette preuve de concept montre qu’il existe des alternatives à la thérapie génique, alternatives qui font appel à des approches pharmacologiques classiques.

Le problème des maladies génétiques

Ce que nous sommes, notre vulnérabilité aux pathologies (cancer, maladie d’Alzheimer, etc.), notre réponse aux médicaments etc., sont le résultat d’interactions complexes entre notre patrimoine génétique et l’environnement. De nombreuses pathologies ont une origine génétique, i.e. une mutation sur un gène. Un gène peut être vu comme le chapitre d’un livre donnant la recette de la fabrication d’une protéine (une molécule qui va être utilisée par la cellule qui la fabrique). La mutation peut correspondre au remplacement d’un mot par un autre ou par un signal indiquant que la recette est terminée (par exemple, pour fabriquer de la mayonnaise, c’est comme si on remplaçait l’huile par de l’eau, ou qu’on arrêtait la recette avant la phase d’émulsion). Le résultat de la mutation peut être l’absence de fabrication de la protéine, ou une protéine qui ne fonctionnera pas correctement.

De nombreuses formes familiales de pathologies ont été découvertes. Des études génétiques permettent d’identifier le gène responsable ainsi que les mutations correspondantes. Mais la présence d’une mutation n’implique pas forcément l’apparition de la pathologie. Un frère et une sœur peuvent avoir la même mutation, alors qu’un seul individu sera affecté. Pourquoi ? La réponse se trouve dans le patrimoine génétique qui est différent chez le frère et la sœur, et/ou les effets de l’environnement. Avec des patrimoines génétiques différents, le corps peut trouver ou non une solution (compenser) pour résoudre le problème du mauvais fonctionnement d’une protéine. Par exemple, votre entreprise construit des maisons avec des parpaings de béton que vous fabriquez. Une mutation se produit, et vous ne pouvez plus fabriquer ces parpaings. En revanche, votre entreprise est aussi capable de faire des briques, et vous pouvez continuer à faire des maisons. Mais une autre entreprise qui ne sait fabriquer que des parpaings devra s’arrêter. L’environnement peut aussi permettre de trouver des solutions pour contrecarrer les effets néfastes de la mutation.

Ceci montre que la présence de la mutation ne conduit pas nécessairement à la pathologie, si l’organisme est capable de trouver une solution alternative dans son patrimoine génétique ou dans l’environnement. En poursuivant le même raisonnement, on pourrait envisager de traiter la mutation par une intervention extérieure (équivalente à une action de l’environnement) qui stabiliserait l’organisme, sans avoir à réparer le gène. C’est le concept qui est derrière l’étude publiée par le groupe du Prof. D. Isbrandt à l’Université de Cologne en Allemagne, en collaboration avec le groupe de C. Bernard (Directeur de Recherche Inserm) à l’Université d’Aix-Marseille.

Mutations génétiques et cerveau en développement

La construction prénatale et postnatale du cerveau est un phénomène extrêmement complexe. Elle est orchestrée par des programmes génétiques qui se mettent en place à différents stades du développement. L’environnement joue aussi un rôle clé car il peut interférer avec une bonne construction du cerveau. Pendant la grossesse, la consommation par la mère de substances qui agissent sur le cerveau (par exemple, les drogues comme l’héroïne ou le cannabis, l’alcool, mais aussi la caféine) peuvent altérer la construction du cerveau du fœtus. Les résultats pour l’enfant peuvent être dramatiques (désordres psychiatriques, épilepsie, déficits de mémoire et d’apprentissage). Une mutation génétique peut avoir les mêmes effets. Elle risque de perturber les règles très précises de la construction du cerveau si la protéine en question est importante à certaines phases du développement. Comme la construction du cerveau commence dès le premier mois après la conception, et comme la mutation est tout le temps présente pendant la vie de l’individu, on peut se demander à quels moments précis elle va avoir des effets négatifs. S’il existe une période temporelle critique, cela conditionnera la période d’intervention. Une étude précédente du groupe du Prof. D. Isbrandt avait abordé cette question.

Intervenir au bon moment

Les chercheurs ont utilisé un modèle de souris portant une mutation responsable d’une forme familiale d’épilepsie chez l’homme. Le génie génétique permet de rendre un gène fonctionnel ou non-fonctionnel à volonté (au moyen d’un « interrupteur chimique »). En utilisant cette technique, les chercheurs ont déterminé que si le gène n’était pas fonctionnel pendant les deux premières semaines après la naissance, l’animal devenait épileptique. Si on « éteint » le gène avant la naissance, qu’on le « rallume » pendant les deux premières semaines de vie après la naissance, et qu’on l’éteint ensuite, l’épilepsie n’apparaît pas. Ceci montre qu’il existe, pour ce type d’épilepsie, une période critique d’intervention : les deux premières semaines de vie postnatale. C’est durant cette période qu’il faut intervenir pour corriger les effets de la mutation (avant ou après, ça ne servirait à rien). Mais quel type d’intervention effectuer? De la thérapie génique? Est-il possible d’utiliser une approche pharmacologique classique plus facile à mettre en place?

Les chercheurs ont décidé d’explorer la deuxième possibilité. Mais avant de définir une stratégie d’intervention, il a fallu trouver une cible sur laquelle intervenir. Dans l’étude qui vient d’être publiée, les chercheurs ont d’abord montré qu’un des effets de la mutation pendant ces deux premières semaines de vie est d’augmenter l’excitabilité du cerveau. A partir de cette observation, ils ont émis l’hypothèse qu’en calmant cette hyperexcitabilité ils pourraient empêcher l’apparition de l’épilepsie. Ils ont traité les bébés souris portant la mutation, pendant les deux premières semaines de vie, avec un diurétique. Dans le cerveau, un des effets de ce diurétique est de diminuer l’excitabilité. Les chercheurs ont montré que ce simple traitement permet de revenir à une activité normale qui permet un développement du cerveau qui n’aboutit pas à l’épilepsie. Même si le gène reste non-fonctionnel après la période du traitement pendant les deux semaines « critiques », l’animal ne devient pas épileptique.

Transposition à l’Homme

Cette étude apporte une preuve de concept chez l’animal. Elle démontre clairement qu’une pathologie d’origine génétique du cerveau peut être traitée sans avoir à réparer le gène (la thérapie génique n’est pas facile). De plus, l’approche pharmacologique est des plus classiques, car le diurétique peut être donné à des nouveau-nés humains. Il est important de noter que l’effet bénéfique de ce diurétique n’est peut-être valable que pour ce type de mutation. Evidemment, à ce stade, ils est impossible de dire si toutes les maladies génétiques sont caractérisées par une période critique. Certaines doivent requérir un traitement à vie ou une thérapie génique le plus tôt possible. Mais pour celles qui sont caractérisées par une période critique, cela limite la durée d’intervention. Bien entendu, cela suppose 1) de déterminer le début et la fin de la période critique, et 2) de trouver le traitement approprié qui contrebalancera l’absence du gène. Ce genre d’étude peut d’abord être faite chez des souris portant le même type de mutation que chez l’Homme. C’est la voie ouverte par ces chercheurs


Directeur de Recherche Inserm, Institut de Neurosciences des Systèmes

 

 

Comprendre Épilepsie

image_epilepsieL’épilepsie se caractérise par des décharges d’influx nerveux anormaux dans le cerveau. Ces décharges surviennent de façon soudaine. Habituellement, elles sont de courte durée. Elles peuvent avoir lieu soit dans une zone précise du cerveau, soit dans son ensemble. Ces influx nerveux anormaux peuvent se mesurer durant un électro-encéphalogramme (EEG), un examen qui permet d’enregistrer l’activité cérébrale.

Contrairement à ce que l’on peut penser, les crises d’épilepsie ne s’accompagnent pas toujours de mouvements saccadés ou de convulsions. Elles peuvent en effet être moins spectaculaires. Elles se manifestent alors par des sensations insolites (comme des hallucinations olfactives ou auditives, etc.) avec ou sans perte de conscience, et par diverses manifestations, comme un regard fixe ou des gestes répétitifs involontaires.

Fait important : les crises doivent se répéter pour qu’il s’agisse d’épilepsie. Ainsi, avoir eu une seule crise de convulsions dans sa vie ne signifie pas que l’on soit épileptique. Une telle réaction peut apparaître dans plusieurs circonstances : un traumatisme crânien, une méningite, un accident vasculaire cérébral, un surdosage médicamenteux, un sevrage à une drogue, etc.

Il n’est pas rare que de jeunes enfants aient des convulsions au cours d’une poussée de fièvre. Appelées convulsions fébriles, elles cessent la plupart du temps vers l’âge de 5 ans ou 6 ans. Il ne s’agit pas d’une forme d’épilepsie. Lorsque de telles convulsions surviennent, il est tout de même important de consulter un médecin.

Causes

Dans environ 60 % des cas, les médecins ne sont pas en mesure de déterminer la cause exacte des crises. On suppose qu’environ 10 % à 15 % de l’ensemble des cas aurait une composante héréditaire puisque l’épilepsie semble plus répandue dans certaines familles.

En de rares occasions, l’épilepsie peut être une séquelle d’un accident vasculaire cérébral ou d’un autre traumatisme au cerveau. En effet, une cicatrice peut se former dans le cortex cérébral, par exemple, et modifier l’activité des neurones. Précisons que plusieurs années peuvent s’écouler entre l’accident et l’apparition de l’épilepsie. Et rappelons que pour qu’il y ait épilepsie, les crises de convulsion doivent survenir à répétition et non une seule fois.

Qui est touché?

En Amérique du Nord, environ 1 personne sur 100 souffre d’épilepsie. Parmi les maladies neurologiques, elle est la plus fréquente, après la migraine.

Bien qu’elle puisse survenir à tout âge, l’épilepsie se manifeste habituellement durant l’enfance ou l’adolescence, ou encore après l’âge de 65 ans. Chez les personnes âgées, l’augmentation des cas de troubles cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux accentue le risque.

Types de crises

On distingue 2 grands types de crises d’épilepsie :

  • les crises partielles, limitées à une région précise du cerveau;
  • les crises généralisées, étendues à toutes les zones du cerveau.

Il arrive qu’une crise, d’abord partielle, se diffuse à l’ensemble du cerveau et devienne ainsi généralisée. Le type de sensation ressentie au cours d’une crise donne une indication au médecin de sa provenance (le lobe frontal, le lobe temporal, etc.).

Les crises partielles

Elles se limitent à une zone restreinte du cerveau.

  • Crises partielles simples (autrefois appelées « crises focales »). Ces crises durent généralement quelques minutes. Durant une crise partielle simple, l’individu demeure conscient.
    Les symptômes dépendent de la zone du cerveau atteinte. La personne peut ressentir des fourmillements, émettre un mouvement incontrôlable de crispation d’une partie du corps, éprouver des hallucinations olfactives, visuelles ou gustatives ou manifester une émotion inexpliquée.
  • Crises partielles complexes (autrefois appelées « crises psychomotrices »). Durant une crise partielle complexe, l’individu est dans un état de conscience altérée.
    Il ne répond pas aux stimulations et son regard est fixe. Il peut avoir des automatismes, c’est-à-dire qu’il pose des gestes répétitifs involontaires comme tirer sur ses vêtements, claquer des dents, etc. Une fois la crise terminée, il ne se souviendra pas du tout ou très peu de ce qui s’est passé. Il peut être confus ou s’endormir.

Les crises généralisées

Ce type de crise implique l’ensemble du cerveau.

  • Absences généralisées. C’est ce qu’on appelait autrefois le « petit mal ». Les premières crises de ce type d’épilepsie surviennent habituellement durant l’enfance, de l’âge de 5 ans à 10 ans. Elles durent quelques secondes et peuvent s’accompagner de brefs battements de paupières. La personne perd le contact avec son environnement, mais conserve son tonus musculaire. Plus de 90 % des enfants ayant ce type de crises d’épilepsie sont en rémission dès l’âge de 12 ans.
  • Crises tonicocloniques. On les appelait jadis « grand mal ». C’est ce type de crises qu’on associe généralement à l’épilepsie du fait de leur aspect spectaculaire. La crise dure habituellement moins de 2 minutes. Il s’agit de convulsions généralisées qui se déroulent en 2 phases : tonique puis clonique.
    – Durant la phase tonique, la personne peut pousser un cri, puis s’évanouir. Ensuite, son corps se raidit et sa mâchoire se crispe. Cette phase dure habituellement moins de 30 secondes.
    – Ensuite, dans la phase clonique, la personne entre en convulsions (secousses musculaires incontrôlables et saccadées). La respiration, bloquée au début de la crise, peut devenir très irrégulière. Cela dure en général moins de 1 minute.
    Une fois la crise terminée, les muscles se relâchent, y compris ceux de la vessie et des intestins. Par la suite, la personne peut être confuse, désorientée, éprouver des maux de tête et vouloir dormir. Ces effets ont une durée variable, d’une vingtaine de minutes à plusieurs heures. Des douleurs musculaires persistent parfois durant quelques jours.
  • Crises myocloniques. Plus rares, elles se manifestent par de brusques secousses des bras et des jambes. Ce type de crise dure d’une à quelques secondes selon qu’il s’agit d’une secousse unique ou d’une série de secousses. Elles ne provoquent généralement pas de confusion.
  • Crises atoniques. Au cours de ces crises, peu courantes, la personne s’effondre soudainement en raison d’une perte soudaine de tonus musculaire. Après quelques secondes, elle reprend connaissance. Elle est capable de se relever et de marcher.

Conséquences possibles

Les crises peuvent entraîner des blessures corporelles si la personne perd le contrôle de ses mouvements.

Les individus atteints d’épilepsie peuvent en outre subir des répercussions psychologiques importantes causées entre autres par l’imprévisibilité des crises, les préjugés, les effets indésirables des médicaments, etc.

Les crises prolongées ou qui ne se concluent pas par un retour à l’état normal doivent absolument être traitées d’urgence. Elles peuvent entraîner d’importantes séquelles neurologiques à tout âge. En effet, durant une crise prolongée, certaines zones du cerveau manquent d’oxygène. De plus, des dommages peuvent être causés aux neurones en raison de la libération de substances excitatrices et de catécholamines associées au stress aigu.

Certaines crises peuvent même s’avérer mortelles. Le phénomène est rare et méconnu. Il porte le nom de « mort subite inattendue et inexpliquée en épilepsie » (MSIE). On croit qu’une crise pourrait altérer le rythme cardiaque ou faire cesser la respiration. Le risque serait plus élevé chez les épileptiques dont les crises ne sont pas bien traitées.

Une femme atteinte d’épilepsie qui planifie une grossesse doit prendre des précautions particulières. Elle devrait consulter un médecin au moins 3 mois avant la conception. Par exemple, il se peut que le médecin ajuste la médication en raison des risques de malformation congénitale que posent certains médicaments antiépileptiques. De plus, plusieurs médicaments antiépileptiques ne sont pas métabolisés de la même façon durant la grossesse, donc le dosage pourrait changer. À noter que les crises d’épilepsie elles-mêmes peuvent mettre le foetus en danger en le privant d’oxygène temporairement.

Considérations pratiques

En général, si la personne est bien soignée, elle peut mener une vie normale avec certaines restrictions. Par exemple, la conduite automobile ainsi que l’utilisation d’équipement technique ou de machines dans le cadre d’un emploi peuvent être interdites en début de traitement. Si la personne épileptique n’a pas eu de crise durant une certaine période, le médecin peut réévaluer sa situation et lui délivrer un certificat médical mettant fin à ces interdictions.

Épilepsie Canada rappelle que les personnes atteintes d’épilepsie ont moins de crises lorsqu’elles mènent une vie active. « C’est donc dire qu’on doit les encourager à se chercher un emploi », peut-on lire sur leur site Internet.

Évolution à long terme

L’épilepsie peut durer toute la vie, mais certaines personnes qui en sont atteintes finiront par ne plus avoir de crises. Le fait d’avoir eu ses premières crises en bas âge semble favoriser la rémission.

Pour 70 % à 80 % des personnes chez qui la maladie persiste, les médicaments parviennent à éliminer les crises.

Source :  www.passeportsante.net

L’épilepsie partielle migrante : le calvaire quotidien de notre fils

famille_sachaA 22 mois, Sacha fait 200 crises d’épilepsie par jour. Mais la forme très rare dont il souffre est pharmaco-résistante et aucun traitement ne le soulage.

Sacha est né le 20 avril 2013 à 9h30. Ma grossesse s’était très bien passée, je n’avais eu aucune maladie. Mon accouchement s’est déroulé sans accroc, de manière naturelle et sans péridurale. Nous étions encore en salle de travail, peu après midi, quand il a eu sa première crise. Il s’est mis à pleurer, est devenu rouge, bleu, puis noir. Il n’arrivait plus à respirer. On a appelé le personnel médical qui l’a immédiatement transféré en réanimation. À peine trois heures plus tard, il a de nouveau fait une crise.

Nous étions dans une petite maternité, les médecins ont donc décidé de le transférer dans un plus grand hôpital, à Saint-Etienne. Pendant le transport, Sacha a fait une troisième crise. On lui a administré une grosse dose de Gardénal, un antiépileptique. On pensait alors à une grosse convulsion. Le traitement l’a calmé pendant trois jours avant que les crises reprennent, de plus en plus nombreuses. Il a fallu attendre dix jours pour que sa maladie soit diagnostiquée : l’épilepsie partielle migrante.

L’épilepsie partielle migrante : une maladie rare et résistante aux traitements

Il s’agit d’une maladie orpheline, une forme rare d’épilepsie. L’épilepsie est une affection neurologique qui provoque des décharges à l’origine des crises. Chez Sacha, elles peuvent prendre la forme de crise respiratoire, clonies (grosses secousses) des membres et du visage, révulsion des yeux et de la langue, décalement de la mâchoire, raideurs brusques, salivation…Elles durent entre 20 secondes et trois minutes (la pire de Sacha a duré 22 minutes). Il dépasse régulièrement les 200 crises par jour.

La particularité de cette maladie est sa pharmaco-résistance. En tout, Sacha a déjà testé 24 traitement antiépileptiques*, lourds et avec de nombreux effets secondaires. Même les traitements réservés aux adultes, comme le Lamictal, administrés à fortes doses ne fonctionnent pas. Actuellement, mon fils est traité avec du bromure de potassium et du Tégrétol, mais rien ne change. On ne connaît pas non plus la cause de sa maladie. Sacha a subi quatre tests génétiques sur des gènes habituellement porteurs de l’épilepsie, sans résultat. Les pronostics des médecins ne sont pas rassurants : ils nous disent que Sacha aura une vie courte, qu’il faut profiter des bons moments. On sait qu’une infection ou qu’une crise peut être mortelle. La première fois qu’on m’a annoncé qu’il allait mourir, il avait un mois, c’était le jour de la fête des mères. C’est arrivé plusieurs fois depuis, mais il s’est toujours rétabli.

Un quotidien rythmé par les crises

Aujourd’hui, Sacha a 22 mois. Il est poly-handicapé : il ne tient pas sa tête, ne peut pas bouger ses membres. Il se raidit de plus en plus, ce qui rend l’habillage difficile. Tous ses traitements ont également provoqué de nombreux effets secondaires : problèmes d’intestins, sautes d’humeurs, paralysie des membres, retard de croissance, hypermétropie… Les crises l’empêchent de dormir, il est fatigué, perd parfois connaissance.

À la maison, nous sommes équipés de bouteilles d’oxygène et d’embuts en cas de difficultés respiratoires. Sacha est installé dans un siège spécial qui lui permet de se tenir et on essaie de le stimuler autant que possible. Ses semaines sont également bien remplies avec les séances de kinésithérapie quotidiennes, la balnéologie, la kinésithérapie respiratoire et l’orthophonie pour lui apprendre à bouger sa langue et à manger solide. Malheureusement, il fait encore beaucoup d’hospitalisations, lorsque le nombre de crise augmente trop. On en est déjà à quatre depuis le début de l’année 2015.

Nous devons nous battre au quotidien et supporter de voir notre enfant souffrir en continu. A la maison ou à l’hôpital, on reste à ses côtés en permanence, on ne doit pas cesser de le surveiller. La fatigue morale et psychique est constante et les conséquences sur notre vie sont dramatiques. Nous n’avons plus de vie sociale, on ne peut plus sortir, on ne voit personne. Lorsque nos amis nous appellent, ils ne savent pas quoi nous dire : c’est impossible de leur expliquer ce qu’on vit. Nous n’avons plus de vie de couple, on essaie simplement de récupérer de la fatigue. On vit dans la peur perpétuelle de perdre notre fils. Tous les médecins nous donnent des pronostics différents : parfois cinq ans, parfois moins… On sait que ça peut arriver du jour au lendemain. Il n’y a pas de mot pour décrire l’angoisse dans laquelle nous vivons : c’est inimaginable.

Faire connaître la maladie pour trouver un traitement

Dans certains pays, comme aux Etats-Unis et au Canada, des formes d’épilepsie rares sont traitées avec succès grâce à de l’huile de cannabis ou des traitements à base d’epidiolex et de cannabiol. Les résultats sont très positifs. Malheureusement, l’usage thérapeutique du cannabis reste interdit en France. Notre neurologue nous a ainsi confirmé qu’il serait impossible de trouver ce traitement… Ils préfèrent essayer d’autres médicaments.

Un essai clinique sur ces molécules doit pourtant être démarré cette année sur le syndrome de Dravet, une autre forme d’épilepsie pharmaco-résistante de l’enfant. Nous ne comprenons pas pourquoi le traitement n’est pas appliqué sur toutes les épilepsies pharmaco-résistantes dont les symptômes restent très proches. Les résultats ne pourraient être que positifs. Aujourd’hui, il faut faire connaître ces maladies pour que la recherche avance et qu’on trouve enfin des traitements pour ces différentes formes, et pas uniquement sur le syndrome de Dravet.

Propos recueillis par Marine Périn pour le site www.maveritesur.com

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