Épilepsie : les cas de mort subite seraient sous-estimés

115 décès par an

Les morts subites liées à une crise d’épilepsie restent mal comprises. Depuis 2006, les chercheurs français s’intéressent à ses causes et ciblent les personnes à risque.

Tous les ans, l’épilepsie provoquerait jusqu’à 30 000 morts subites à travers le monde, d’après l’OMS. Ces décès sont encore mal compris, et peu pris en compte par les pouvoirs publics dans leur stratégie sanitaire, alors qu’ils font plus de victimes que les incendies ou que les morts subites du nourrisson, d’après des chercheurs américains.

Ceux-ci ont publié un rapport dans la revue Neurology, pour tenter d’alerter les décideurs politiques sur l’ampleur de ce phénomène. Ils y expliquent notamment que les personnes atteintes d’épilepsie sont 27 fois plus à risque de mort subite que leurs congénères. Aux Etats-Unis, ils comptent 2 750 décès par mort subite suite à une crise d’épilepsie.

Les chercheurs estiment que ces proportions sont d’ailleurs sous-estimées, dans la mesure où de nombreux décès accidentels peuvent intervenir suite à une crise, mais ne sont jamais enregistrés en lien avec l’épilepsie de la personne. De plus, les personnes âgées qui meurent ne subissent pas nécessairement d’autopsies alors que dans certains cas, c’est une crise d’épilepsie qui est en cause.

Réseau Sentinelle

De même, en France, la mort subite reste une grande inconnue. Deuxième trouble neurologique le plus important après la migraine, l’épilepsie touche environ 1 % de la population française, soit environ 600 000 malades. La moitié sont des enfants. Malgré la gravité de cette situation, l’état des connaissances du public sur la maladie est encore faible, surtout lorsqu’on parle de ces décès, après une crise.

Les institutions qui s’intéressent à l’épilepsie, au premier rang desquels la ligue française contre l’épilepsie, se sont penchées sur cette problématique il y a seulement une dizaine d’années, en 2006. Quatre en plus tard naissait le Réseau Sentinelle Mortalité Epilepsie, coordonné par le Dr Marie Christine Picot du CHU de Montpellier.

« L’idée était de rassembler tous les projets de recherches sur la mort subite liée à l’épilepsie, les initiatives pour les familles endeuillées, ou encore toutes les informations dont nous disposons sur ce trouble, au sein d’une même plateforme » souligne cette professionnelle, contactée par PourquoiDocteur.

Le Réseau Sentinelle a également rescencé le nombre de décès par mort subite suite à une crise d’épilepsie : il en dénombre 115 par an dans l’hexagone, depuis 2010.


Source : http://www.pourquoidocteur.fr

Guérir une maladie génétique comme l’épilepsie sans réparer le gène

2015-11-25-1448473747-3191168-multi_cell_waves_and_one_cell_burst_v201.jpeg

L’épilepsie est le désordre neurologique le plus fréquent après la migraine; elle touche 1% de la population mondiale. Il y a plusieurs formes d’épilepsie dont certaines sont d’origine génétique. Une équipe allemande, assistée d’une équipe française, a montré qu’il était possible d’empêcher l’apparition d’une épilepsie d’origine génétique chez la souris sans réparer le gène. Un traitement à base de diurétique pendant une période clé du développement du cerveau suffit à contrecarrer les effets néfastes de la mutation. Cette preuve de concept montre qu’il existe des alternatives à la thérapie génique, alternatives qui font appel à des approches pharmacologiques classiques.

Le problème des maladies génétiques

Ce que nous sommes, notre vulnérabilité aux pathologies (cancer, maladie d’Alzheimer, etc.), notre réponse aux médicaments etc., sont le résultat d’interactions complexes entre notre patrimoine génétique et l’environnement. De nombreuses pathologies ont une origine génétique, i.e. une mutation sur un gène. Un gène peut être vu comme le chapitre d’un livre donnant la recette de la fabrication d’une protéine (une molécule qui va être utilisée par la cellule qui la fabrique). La mutation peut correspondre au remplacement d’un mot par un autre ou par un signal indiquant que la recette est terminée (par exemple, pour fabriquer de la mayonnaise, c’est comme si on remplaçait l’huile par de l’eau, ou qu’on arrêtait la recette avant la phase d’émulsion). Le résultat de la mutation peut être l’absence de fabrication de la protéine, ou une protéine qui ne fonctionnera pas correctement.

De nombreuses formes familiales de pathologies ont été découvertes. Des études génétiques permettent d’identifier le gène responsable ainsi que les mutations correspondantes. Mais la présence d’une mutation n’implique pas forcément l’apparition de la pathologie. Un frère et une sœur peuvent avoir la même mutation, alors qu’un seul individu sera affecté. Pourquoi ? La réponse se trouve dans le patrimoine génétique qui est différent chez le frère et la sœur, et/ou les effets de l’environnement. Avec des patrimoines génétiques différents, le corps peut trouver ou non une solution (compenser) pour résoudre le problème du mauvais fonctionnement d’une protéine. Par exemple, votre entreprise construit des maisons avec des parpaings de béton que vous fabriquez. Une mutation se produit, et vous ne pouvez plus fabriquer ces parpaings. En revanche, votre entreprise est aussi capable de faire des briques, et vous pouvez continuer à faire des maisons. Mais une autre entreprise qui ne sait fabriquer que des parpaings devra s’arrêter. L’environnement peut aussi permettre de trouver des solutions pour contrecarrer les effets néfastes de la mutation.

Ceci montre que la présence de la mutation ne conduit pas nécessairement à la pathologie, si l’organisme est capable de trouver une solution alternative dans son patrimoine génétique ou dans l’environnement. En poursuivant le même raisonnement, on pourrait envisager de traiter la mutation par une intervention extérieure (équivalente à une action de l’environnement) qui stabiliserait l’organisme, sans avoir à réparer le gène. C’est le concept qui est derrière l’étude publiée par le groupe du Prof. D. Isbrandt à l’Université de Cologne en Allemagne, en collaboration avec le groupe de C. Bernard (Directeur de Recherche Inserm) à l’Université d’Aix-Marseille.

Mutations génétiques et cerveau en développement

La construction prénatale et postnatale du cerveau est un phénomène extrêmement complexe. Elle est orchestrée par des programmes génétiques qui se mettent en place à différents stades du développement. L’environnement joue aussi un rôle clé car il peut interférer avec une bonne construction du cerveau. Pendant la grossesse, la consommation par la mère de substances qui agissent sur le cerveau (par exemple, les drogues comme l’héroïne ou le cannabis, l’alcool, mais aussi la caféine) peuvent altérer la construction du cerveau du fœtus. Les résultats pour l’enfant peuvent être dramatiques (désordres psychiatriques, épilepsie, déficits de mémoire et d’apprentissage). Une mutation génétique peut avoir les mêmes effets. Elle risque de perturber les règles très précises de la construction du cerveau si la protéine en question est importante à certaines phases du développement. Comme la construction du cerveau commence dès le premier mois après la conception, et comme la mutation est tout le temps présente pendant la vie de l’individu, on peut se demander à quels moments précis elle va avoir des effets négatifs. S’il existe une période temporelle critique, cela conditionnera la période d’intervention. Une étude précédente du groupe du Prof. D. Isbrandt avait abordé cette question.

Intervenir au bon moment

Les chercheurs ont utilisé un modèle de souris portant une mutation responsable d’une forme familiale d’épilepsie chez l’homme. Le génie génétique permet de rendre un gène fonctionnel ou non-fonctionnel à volonté (au moyen d’un « interrupteur chimique »). En utilisant cette technique, les chercheurs ont déterminé que si le gène n’était pas fonctionnel pendant les deux premières semaines après la naissance, l’animal devenait épileptique. Si on « éteint » le gène avant la naissance, qu’on le « rallume » pendant les deux premières semaines de vie après la naissance, et qu’on l’éteint ensuite, l’épilepsie n’apparaît pas. Ceci montre qu’il existe, pour ce type d’épilepsie, une période critique d’intervention : les deux premières semaines de vie postnatale. C’est durant cette période qu’il faut intervenir pour corriger les effets de la mutation (avant ou après, ça ne servirait à rien). Mais quel type d’intervention effectuer? De la thérapie génique? Est-il possible d’utiliser une approche pharmacologique classique plus facile à mettre en place?

Les chercheurs ont décidé d’explorer la deuxième possibilité. Mais avant de définir une stratégie d’intervention, il a fallu trouver une cible sur laquelle intervenir. Dans l’étude qui vient d’être publiée, les chercheurs ont d’abord montré qu’un des effets de la mutation pendant ces deux premières semaines de vie est d’augmenter l’excitabilité du cerveau. A partir de cette observation, ils ont émis l’hypothèse qu’en calmant cette hyperexcitabilité ils pourraient empêcher l’apparition de l’épilepsie. Ils ont traité les bébés souris portant la mutation, pendant les deux premières semaines de vie, avec un diurétique. Dans le cerveau, un des effets de ce diurétique est de diminuer l’excitabilité. Les chercheurs ont montré que ce simple traitement permet de revenir à une activité normale qui permet un développement du cerveau qui n’aboutit pas à l’épilepsie. Même si le gène reste non-fonctionnel après la période du traitement pendant les deux semaines « critiques », l’animal ne devient pas épileptique.

Transposition à l’Homme

Cette étude apporte une preuve de concept chez l’animal. Elle démontre clairement qu’une pathologie d’origine génétique du cerveau peut être traitée sans avoir à réparer le gène (la thérapie génique n’est pas facile). De plus, l’approche pharmacologique est des plus classiques, car le diurétique peut être donné à des nouveau-nés humains. Il est important de noter que l’effet bénéfique de ce diurétique n’est peut-être valable que pour ce type de mutation. Evidemment, à ce stade, ils est impossible de dire si toutes les maladies génétiques sont caractérisées par une période critique. Certaines doivent requérir un traitement à vie ou une thérapie génique le plus tôt possible. Mais pour celles qui sont caractérisées par une période critique, cela limite la durée d’intervention. Bien entendu, cela suppose 1) de déterminer le début et la fin de la période critique, et 2) de trouver le traitement approprié qui contrebalancera l’absence du gène. Ce genre d’étude peut d’abord être faite chez des souris portant le même type de mutation que chez l’Homme. C’est la voie ouverte par ces chercheurs


Directeur de Recherche Inserm, Institut de Neurosciences des Systèmes

 

 

Aller à la barre d’outils